Je continue sur ma lancée du moulage et vous parle aujourd’hui de ma dernière expérimentation…

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Dans mon précédent article, je vous faisais part de mon envie de me remettre au moulage. Et pour ce faire, j’ai ressorti mon vieux mannequin de couture, mes notes prises cours du soir et suivi le fabuleux cours vidéo « Parcours moulage » dispensé par Sophie Valantoine sur la plateforme Artesane.

Et puis, dans la foulée, j’ai acheté d’occasion à 50€ (neuf, ça coûte tout de même 234€ TTC, ce que je trouve particulièrement excessif) le buste miniature de la marque Stockman.

Ce petit mannequin va me permettre de m’exercer au moulage. Le fait d’utiliser un mannequin à échelle réduite, ça va me permettre d’utiliser moins de tissus pour le moulage et ainsi éviter le gaspillage. ça va aussi me permettre de faire un travail de recherche et d’oser davantage sur le plan créativité.
Et puis l’avantage aussi c’est que si je fais un moulage sur ce buste miniature, ça me permettra ensuite, si je le souhaite, de faire la même chose sur mon mannequin taille réelle et ce sera ainsi un gain de temps fort appréciable. Et oui, le moulage sera ainsi plus facile et rapide à exécuter car les difficultés rencontrées auront déjà trouvé leurs solutions. Il en va de même pour la couture à proprement parler (gamme de montage, finitions…) car toute cette réflexion aura ainsi été faite en amont.

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Ce mannequin est comme neuf. Il manque juste le petit capuchon en bois…

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Voici la description faite par Stockman :

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C’est un achat que je ne vous recommande pas forcément pour deux raisons :
1/ Le revêtement de ce mannequin est ultra serré/rigide… il est donc ultra difficile d’épingler sur celui-ci et donc d’épingler correctement le bolduc… Pour l’emmanchure, j’ai renoncé et ai finalement opté pour du ruban double-face pour maintenir le bolduc en place, c’est vous dire…

2/ Les mensurations de ce mannequin sont étranges : ce n’est pas vraiment un demi 38 car ici le tour de poitrine ferait 92 cm, le tour de taille 60 cm et le tour de hanches 84… Le demi-buste de chez ESMOD est quant à lui bien plus réaliste (P = 88 cm, T = 68 cm, H = 94 cm). D’ailleurs, si celui-ci vous intéresse, c’est par ici (et neuf, il coûte vraiment moins cher : 108 €).

Pour vous permettre de vous rendre compte de la taille réelle de ce petit mannequin, voici ce que ça donne à côté de ma machine à coudre et de mon mannequin :

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Une fois cette acquisition faite, je suis ensuite passée à la pratique ! Certes, ce mannequin est un élément de décor fort joli dans mon atelier de couture mais je ne l’ai à la base pas acheté pour ça …

Pour ce premier exercice, j’ai cherché mon inspiration sur la plateforme que vous connaissez très certainement : Pinterest. Très vite, je suis tombée sous le charme de ce modèle. Et c’est donc tout naturellement que je me suis dit que j’allais reproduire cette robe par la technique du moulage. C’est un modèle que je compte d’ailleurs bien me coudre tellement j’aime le style et les détails si raffinés de ce corsage !

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Sachez que si ce modèle vous plait, vous pouvez l’acheter tout fait (et vous épargner toute cette phase de patronage) car il s’agit à la base d’un patron de couture ! C’est le n°1420 de la marque Vogue Patterns.

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Voici le schéma technique :

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Pour réaliser le moulage de ce modèle, il faut procéder à mon sens par 5 principales étapes. Tout d’abord un travail préparatoire : l’analyse proportionnelle puis le plan de moulage. Arrive ensuite le moulage en lui-même puis le pointage du patron-toile et enfin le réglage du patron-toile à plat.

1/ Analyse proportionnelle
Cette première étape consiste à analyser le modèle, la photo ou le croquis qu’on a en notre possession puis d’y poser les aplombs et autres lignes repère.
J’ai pour ma part deux supports fort intéressants : des photos et un schéma technique existants. J’ai donc pu y tracer les lignes suivantes : tout d’abord les lignes d’aplomb qui sont les axes verticaux milieu devant et milieu devant puis les lignes repères qui sont des axes horizontaux : ligne de taille, ligne de poitrine, petites hanches, bassin, genoux…

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Il est important d’analyser le modèle en lui-même en notant les particularités et autres détails. Il s’agit donc ici d’une robe ajustée sans manches avec un décolleté croisé (façon cache-cœur) en V avec revers. Des empiècements épaule sont prévus devant & dos ainsi que des découpes princesse. La robe est cintrée à la taille. La jupe est de forme droite. A noter des poches italiennes au devant. La robe se ferme au milieu dos grâce à un zip invisible.

Le corsage me plaît beaucoup. En revanche la partie jupe beaucoup moins : j’ai donc décidé de remplacer cette jupe par une basque afin d’obtenir une tunique. Autres modifications : j’ai déplacé le zip sur le côté, le milieu dos sera donc au pli. Les épaules étant un peu trop couvrantes à mon goût, j’ai donc revu la longueur d’épaule. J’ai également opté pour un décolleté un peu plus plongeant.

Une fois cette analyse faite, on vient poser le bolduc sur le mannequin. Pour ce faire, il faut le positionner selon les lignes et autres découpes du modèle. Pour rappel, on travaille sur un demi-buste devant et un demi-buste dos (si le modèle est asymétrique, on travaille alors sur le mannequin en entier).

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A noter que j’ai ici utilisé du bolduc adhésif (ce qui n’est pas recommandé) car je ne me voyais pas faire autrement (du fait de ce revêtement qui ne m’a pas permis de l’épingler comme je l’aurais dû…) :

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2/ Plan de moulage
Il nous permet de :
– Déterminer le nombre de pièces à découper dans la toile
– Quantifier le tissu dont on aura besoin pour chacune d’entre elles
Pour connaître les dimensions de chacun de ces morceaux, on mesure directement les dimensions sur le mannequin : longueur et largeur réelles (à l’endroit le plus large et le plus grand) auxquels on ajoute les ressources nécessaires (aisance, marges de couture, valeurs diverses comme la croisure…). Il faut que ce soit suffisamment grand pour que notre morceau de toile puisse couvrir chacune des zones à mouler.

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Une fois que la mesure de la toile a été faite, on coupe tous nos morceaux dans de la toile préalablement décatie. Sur chacune des pièces, on trace le droit-fil (= aplomb = axes milieu devant et milieu dos) et une ligne repère horizontale donc perpendiculaire au droit-fil (poitrine, taille, petites hanches… selon le calage du morceau).

On obtient ainsi 8 pièces qu’on va devoir mouler :
3 morceaux de toile pour le demi-devant : devant + côté devant + empiècement épaule
3 morceaux de toile pour le demi-dos : dos, côté dos + empiècement épaule

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2 morceaux pour la basque : devant et dos

Il faut prévoir un peu plus de matière pour ces pièces car on va effectuer un basculement vers le bas pour avoir du volume (évasement). C’est quelque chose qu’il faut anticiper. Clairement avoir des notions en coupe à plat ça aide grandement car on sait d’avance quelle forme finale aura la jupe/basque.

3/ Moulage
Je ne vais rentrer ici dans les détails du moulage car ce serait bien trop long et de toute façon bien trop difficile à expliquer en photos… Si la technique vous intéresse, je vous recommande vivement de prendre des cours en présentiel avec un professeur ou de suivre les vidéos proposées par Artesane. Clairement, apprendre le moulage à travers un livre sans voir ni comprendre toute la subtilité de la gestuelle du prof c’est à mon sens assez périlleux. Bon, c’est un avis tout à fait personnel… Dans la vie, il paraît qu’il y a trois catégories de personnes : les auditives, les visuelles et les kinesthésiques. Clairement, les trois sont intimement liées mais perso, je ferais plutôt partie de la catégorie des « visuelles »… J’ai donc vraiment besoin de voir pour assimiler les choses…

Bref… En gros, voici comment je procède : on vient épingler notre morceau de toile sur le mannequin en faisant se superposer les lignes préalablement tracées puis on commence à mouler en lissant progressivement la toile : on l’épingle au fur et à mesure, on la crante si nécessaire pour libérer les tensions puis on la dégrossit. Une fois la pièce milieu devant moulée, on passe au calage de la pièce côté devant. Une fois que cela nous semble correct, on rentre/replie le surplus de toile du panneau du côté sur la ligne de découpe du devant puis on épingle la ligne d’assemblage. On procède de la même manière pour l’empiècement épaule. Avant de poursuivre, on vérifie que nos lignes sont harmonieuses, que tout s’équilibre bien, que les aplombs sont respectés. Que notre moulage correspond à l’idée de départ… Bref, il convient de prendre du recul…

Moulage du devant :

Moulage du dos :

Moulage des basques :

4/ Relevé/pointage du patron-toile
On pointe au crayon gras les lignes repère, les courbes d’encolure et d’emmanchure, les lignes d’assemblage (ligne de côté, ligne d’épaule, découpes…) On marque également les raccords et crans d’assemblage qui nous seront nécessaires.

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5/ Réglage du patron-toile à plat
On retire la toile du mannequin, on désépingle tout puis on remet chaque pièce à plat en les pressant bien au fer sans les déformer.

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Ensuite, on vient régler le tracé à plat en redessinant au pistolet les lignes courbes et/ou à la règle les lignes droites et autres contours.

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Pour ce faire, il faut passer par des étapes de vérifications et de corrections : il faut savoir observer et apprécier les lignes, ce qui n’est pas si évident que ça… Avoir des notions en matière de coupe à plat ça aide grandement ! La ligne des côtés par exemple doit bien s’assembler/correspondre (= avoir les mêmes longueurs, la même ligne droite). Les raccords doivent être corrects (pas de décalage), les valeurs d’aisance identiques, les aplombs respectés. Idem pour les platitudes. Les lignes doivent être belles et harmonieuses. L’encolure et les emmanchures doivent avoir une jolie courbe (pas de becs, de creux…). Une fois que le tracé a été vérifié et corrigé (ou tout du moins une fois qu’on en est contents), on trace les marges de couture (ici 1 cm). On peut aussi noter toutes les informations liées au patronage, (chose que je n’ai pas faite ici), comme le nom de la pièce, le nombre de fois à couper…

Le corsage devant et dos :

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Les basques :

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Une vue globale :

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Puis on ré-épingle la toile sur le mannequin pour vérifier que tout est correct et d’aplomb. Perso, j’ai préféré coudre cette toile (à grands points à la MAC), ce qui me permet de mieux visualiser le rendu final.

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Clairement il y a encore des points à améliorer, ma toile n’est pas parfaite en l’état mais disons que ça me satisfait. Ensuite, j’ai eu envie de coudre une toile entière pour encore mieux apprécier le rendu visuel. Pour ce faire j’ai pris des chutes de tissus que javais dans mon stock. Pour mémoire, j’avais cousu cette veste cintrée Burda :

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Pour info, Vogue conseille ce genre de matière pour coudre ce patron : tweed, crêpe, gabardine, toile de lin. J’ai suivi les recommandations mais il se trouve que mon tissu est peut-être un peu trop épais pour ce projet (ça manque de fluidité au niveau des basques). C’est donc une indication dont il faudra que je tienne compte si je veux coudre cette tunique pour moi…).

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Voici le résultat final. Alors certes il y a encore des points à améliorer, mais je suis plutôt satisfaite de ce premier jet/résultat.

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De dos :

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De profil :

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La tunique se ferme par un zip sur le côté :

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Voilà pour cette première expérience sur mon mannequin miniature. Celle-ci m’a tellement enthousiasmée que je compte bien continuer sur ma lancée ! C’est en effet ultra gratifiant et excitant de voir ce qu’on est capable de faire et qui plus est en quelques heures. Si j’avais utilisé la technique de la coupe à plat, j’aurais à n’en pas douter mis beaucoup plus de temps pour un résultat qui n’aurait pas été aussi satisfaisant…

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