Le moulage est une technique que j’ai eu le privilège de découvrir…

J’ai en effet eu l’extrême privilège de faire partie des candidates retenues pour assister l’année dernière aux cours du soir de moulage, niveau 3 & 4 proposés par la Mairie de Paris : 3 heures / semaine, hors vacances scolaires pour la très modique somme de 240 € l’année scolaire (d’octobre à juin).
Notre professeur aux doigts de fée et au regard très aiguisé, a été notre guide pendant toute cette année riche en apprentissage.

Pour mémoire, j’avais déjà effectué des cours du soir de moulage mais c’était il y a déjà 10 ans, des cours que j’avais littéralement adoré suivre, j’en parle ici.
Pour me remettre le pied à l’étrier, j’avais acheté début 2022 la formation vidéo proposée par Artesane : parcours complet proposé Sophie Valantoine (25 heures de cours). Là aussi, j’avais beaucoup apprécié la pédagogie et le savoir-faire de ce professeur car c’était vraiment dans la lignée de tout ce que j’avais appris en cours du soir. Si le moulage vous intéresse, c’est alors une formation que je vous recommande vivement de suivre.
Cette formation est très complémentaire du livre « Le moulage du Buste » dont Sophie Valantoine est également l’auteure. Je vous le recommande également vivement !

Pour en revenir à ces cours collectifs, nous avons réalisé des moulages divers & variés, ce qui nous a permis d’appréhender plusieurs techniques différentes. Voici les objectifs de cette formation : « se perfectionner dans la conception d’un vêtement complexe par technique du moulage sur buste en taille standard, d’après croquis de mode (pièces à manches & à col pour le niveau 3, pièces drapées pour le niveau 4).

Nous avions à notre disposition des mannequins de diverses tailles. Pour ma part, j’avais opté pour ce mannequin Cléo de taille 38. Nous avons pris le temps de re-positionner tous les bolducs selon une fiche explicative transmise. C’est une étape primordiale et essentielle pour obtenir un travail de moulage de qualité. Pour info, j’avais acheté mes bolducs (4 mm) chez Fil 2000 (0,30€/m). On peut également en trouver chez Rascol ici.

Le bémol de ces cours du soir c’est que ces mêmes mannequins étaient utilisés par d’autres élèves dans la semaine. Du coup, les bolducs bougeaient d’une semaine à une autre… et on se retrouvait même avec des bolducs supplémentaires qui n’avaient rien à voir avec notre travail en cours et dont il fallait évidemment faire avec…

L’autre point négatif, outre l’étroitesse de la salle de cours, c’est que nous ne pouvions par conséquent pas laisser nos toiles (donc notre travail en cours) sur le mannequin, ce qui était assez problématique car on devait alors ramener nos toiles d’une séance à une autre, toiles qui était forcément toute chiffonnées/pliées/épinglées…
Puisqu’on parle de toile justement… Pour la toile à patron, j’ai utilisé celles proposées par Fil 2000. J’ai opté pour des épaisseurs différentes selon les moulages à réaliser : de la fine (3,70 €/m) que je trouve vraiment bien et de la moyenne (4€/m), que je trouve toutefois un peu trop épaisse…
Pour les épingles : j’ai pris celle de la marque Bohin acier extra-fines (5€ la boîte chez Fil 2000).
Pour les lignes de construction et le pointage de la toile, j’ai suivi les consignes du professeur, à savoir un critérium de pointe 0,7 et un classique bic 4 couleurs. Exit les stylos frixion…

Ces cours m’ont permis de mieux appréhender la technique du moulage. Définitivement, je la préfère de loin à celle de la coupe à plat même si les deux sont complémentaires et intimement liées. Celle du moulage est en effet plus intuitive (les calculs mathématiques, très peu pour moi…) mais elle reste codifiée avec des règles de base qui sont aussi fondamentales en coupe à plat qu’en moulage (droit-fil, aplomb du vêtement, platitudes, aisance, proportions…). Il ne faut en effet pas croire qu’on moule un vêtement sur mannequin comme ça à l’aveugle : il y a des règles à respecter, des vérifications à faire et donc une procédure à suivre si on veut obtenir un patronage correct.
Il y a par exemple tout un travail d’analyse à faire avant même de commencer. Il est en effet important d’analyser le croquis du vêtement qu’on mouler, d’étudier les proportions, de définir les volumes et autres longueurs du vêtement. Une fois cette étape de réflexion faite, il convient ensuite de poser les bolducs sur le mannequin puis de déterminer le volume et donc le métrage de la toile (prévoyez large !) qui nous sera nécessaire pour le calage des différentes pièces que composent le croquis. C’est ce qu’on appelle un plan de moulage / plan de coupe qui est en fait un cadre de construction comme celui-ci par exemple :

La ligne droite verticale détermine le milieu devant. Celle-ci est parallèle à la lisière du tissu et représente donc le droit-fil. Cet axe, je l’ai positionné à 3 cm du bord de la lisière mais c’est une mesure qui peut évidemment varier selon le projet que je vous comptez mouler.
La ligne perpendiculaire détermine la ligne de bassin car il s’agit en l’occurrence ici du calage d’une jupe (celle que vous verrez plus bas). On peut également ajouter sur notre toile d’autres repères comme ici la ligne de taille et celle de l’empiècement.
Pour rappel, on considère le vêtement par moitié (côté droit pour les femmes, côté gauche pour les hommes) sauf quand celui-ci est asymétrique.
Une fois toutes ces étapes réalisées, on positionne notre toile sur le mannequin en veillant à superposer avec exactitude nos différentes lignes & repères et le moulage peut alors commencer… L’axe droit-fil du milieu (= l’aplomb du vêtement) doit être bien maintenu/épinglé, il ne doit en effet pas du tout bouger. Je ne rentrerai pas dans le détail ici mais si le sujet du moulage vous intéresse, vous pouvez en comprendre le principe en relisant cet article mais aussi celui-ci.
Le moulage est un travail de recherche des volumes, il ne faut donc pas avoir peur de faire et défaire ! Epingler puis désépingler, apprécier, ajuster, corriger puis affiner… Vérifier l’harmonie et la netteté des lignes. Apprécier le bien-aller, le rendu final, l’aplomb, les proportions, les volumes… J’ai ainsi appris, tout au long de cette année, à aiguiser mon regard et je peux vous dire que ce n’est pas si évident que ça… Pour mieux visualiser son travail, il faut prendre du recul, de la distance (reculer physiquement du mannequin, ne pas avoir le nez en permanence sur son moulage). Perso, ce qui m’a particulièrement aidée c’est de prendre des photos ou d’utiliser un miroir car on voit ainsi mieux les défauts, le tombé de la toile… C’était d’ailleurs un conseil du professeur. Autre exercice : regarder le travail des autres élèves, c’est hyper formateur ! Ce qui aide aussi, c’est de s’amuser, dans le métro par exemple, à regarder les tenues des uns et des autres. De s’exercer à voir si un vêtement est bien coupé ou non, de chercher les défauts comme par exemple une pince poitrine mal positionnée, une ligne d’épaule trop basse ou encore un ourlet qui est tout de guingois…
Une fois qu’on a identifié où se trouvaient les défauts, encore faut-il savoir comment les corriger… ce qui est loin d’être facile… A n’en pas douter c’est une question de travail et d’entraînement. Y’a pas de secrets, plus on s’exerce et plus on comprend la mécanique… Le fait de se faire accompagner est évidemment un vrai plus, d’où l’intérêt de prendre des cours…
Allez, trêve de bavardage, voici les moulages que nous avons réalisés durant cette année scolaire 2022/2023 :
1/ Une jupe longue, asymétrique, à godets et avec empiècements à la taille devant & dos :
La jupe en cours de moulage :

Réglage du patron-toile à plat, ici les empiècements :

2/ Une veste à manches raglan cintrée à la taille avec découpes princesses devant & dos, revers et col montant.
Version avec col droit rapporté :
Exercice de col châle :

Version avec col à même :
Le col en cours de moulage :

La manche raglan :
La manche en cours de moulage :

La manche raglan avec drapé :
La manche en cours de moulage :

3/ Un corsage asymétrique avec un drapé au devant :
A plat, voici ce que ça donne pour la partie drapée :

4/ Un drapé bénitier au dos :

Le drapé en cours de moulage :

5/ Une robe ajustée de type fourreau avec grand décolleté dans le dos :
La robe en cours de moulage :

6/ Le dernier moulage (effectué lors du tout dernier cours de l’année) : un grand col très original et plutôt excentrique, vous en conviendrez !
De plus près :

Voilà pour cette année de cours !

Je suis admirative de ce travail ! Quelle chance d’avoir été sélectionnée. Le moulage est un domaine qui me paraît très difficile à aborder seule les cours sont certainement indispensables. Je ne suis pas trop attirée par cet aspect du modélisme, je me sens plus à l’aise avec la coupe à plat, ça doit être son côté cartésien qui ressort !
Merci beaucoup pour ton message ! C’est clair que c’est une sacrée chance d’avoir pu suivre ces cours en présentiel. Et c’est surtout bien plus facile à appréhender…
Le moulage est un thème complexe et passionnant. Il est important de connaître la coupe à plat (les deux sont complémentaires) qui permet de pouvoir faire les réglages à plat de la toile.
L’avantage du moulage c’est qu’on se rend compte plus vite des volumes du vêtement qu’on veut faire. C’est pour ça que j’ai une préférence pour le moulage.
Merci pour cet article complet et bien détaillé, on voit que vous vous êtes éclatée pendant ces cours 😊
Je confirme tout ce que tu dis. J’ai une nette préférence moi aussi pour le moulage car comme tu le dis, on obtient assez rapidement (et facilement) le résultat visuel escompté.
Absolument passionnant et toujours détaillé de façon précise comme tous vos compte rendus Sandrine. Je trouve que vous avez – contrairement à ce que vous pensez- un esprit très scientifique et rationnel, une exigence vraiment remarquable dans ce que vous faites.
Je suis très admirative de vos qualités! Merci de nous faire partager votre travail .
Oh, merci, je ne m’attendais pas du tout à ce genre de compliments… C’est vrai que je peux par beaucoup d’aspects avoir un côté rationnel et exigeant cependant j’ai un raisonnement très limité pour tout ce qui concerne les sciences et les maths. Mais il parait que ça se travaille… Et c’est vrai que la couture/coupe à plat ça m’aide grandement.
Que vos articles sont intéressant !
J’habite à la campagne et n’ai pas accès à ce genre de cours, mais qu’est-ce que cela doit être intéressant et permettre de progresser.
Merci pour cette mine de renseignements, ainsi je me sens moins seule en couture. Continuez pour notre plus grand plaisir..
Oui c’est littéralement passionnant ! Je trouve ça même assez magique de voir ce qu’on arrive faire avec un bout de tissu…
Bonjour Sandrine,
Attention, mon message est assez long, car ton article suscite beaucoup de pensées et idées !
Cet article m’a passionnée (quand j’ai vu le sujet, je me suis dit : super ! on va se régaler !), merci d’avoir pris le temps d’écrire tout cela en détail.
Je ne trouve pas que c’est du bavardage : c’est au contraire un sujet très instructif et hyper technique, trop rarement évoqué sur les blogs de couture. Et tu rédiges cela de façon fluide et précise. Détail amusant : côté droit pour les femmes, côté gauche pour les hommes… (-;
Tes réalisations : Ouh là là ! travail d’artiste ET travail d’architecte. Bravo, tu peux être fière de toi, on peut dire que tu gères !
Je ne suis pas étonnée que tu excelles dans ce domaine, car tu es quelqu’un de très exigeante, patiente et impliquée.
J’adore le décolleté bénitier dos et le col extravagant : quelle classe !
Moi aussi j’observe les vêtements des autres, et je me fais d’ailleurs souvent la réflexion que le PAP c’est vraiment pas top.
Les pinces poitrine : c’est à mon avis THE détail qui tue quand elle ne sont pas bien placées. On voit souvent des réalisations pourtant cousues main où elle sont trop hautes ou trop basses, que c’en est choquant et très vilain. Pourquoi ne pas avoir pris la peine de faire un essayage pour juger si elles sont bien placées… ?
Dis-moi : penses-tu que le bolduc pourrait servir pour renforcer des coutures d’épaules ? En prêt à porter, surtout pour des vêtements stretch ou maille, on voit souvent un petit cordon tressé inséré dans la couture pour éviter la déformation.
A bientôt !
Fourmi : couturelututu
Merci, c’est toujours un plaisir de te lire !!! J’ai appris beaucoup de choses pendant ces cours, c’était vraiment formateur d’autant plus que le niveau de ce cours était pointu avec des élèves formées et travaillant déjà professionnellement dans le domaine de la couture. Formation donc hyper stimulante ! Je te rejoins sur les pinces poitrine, on le voit tout de suite quand elles sont mal positionnées (tout du moins aujourd’hui, maintenant que j’ai l’oeil un peu plus aiguisé). Le bolduc pourrait tout à fait jouer ce rôle bien qu’il soit à mon sens un peu trop mou et trop étroit. Perso, je préfère utiliser du ruban de sergé traditionnel.
Merci pour vos partages, c’est un bonheur de vous suivre.
Merci beaucoup !
Même moi qui ne couds pas, j’admire cette précision du moulage. Merci !
Fabuleux, merci beaucoup !
Bonjour Sandrine
Bravo pour cet article très intéressant pour moi je suis dans ce domaine de la couture la coupe ,le tailleur.
Le moulage j’ais commencé il y a quelques années et j’ai arrêter ,mais en lisant votre artcle je decide de reprendre, j’ai acheter le livre de moulage de Sophie V ,je compte acheter le cour très prochainement ça complètera mon cursus. Sachant que je travaille dans la demi-mesure.
Un grand merci à vous.
Comme vous avez raison de reprendre le moulage, vous allez vous régaler d’autant plus si vous travaillez déjà dans ce domaine.
Les photos donnent envie de s’y mettre! Tout le travail de plissé est magnifique. C’est vraiment passionnant … Merci de partager. Quand les enfants seront plus grands ….
Oui, je confirme ! Disons que c’est vraiment satisfaisant et gratifiant de pouvoir obtenir un résultat aussi vite !
bonjour,
je suis très admiratif de votre travail, et j’aimerais savoir comment avez-vous fait pour intégrer ce cursus de moulage et comment fait-on pour intégrer cours et quel numéro de téléphone faut-il appeler et qui sont éligibles pour cette formation ?
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