Je vous présente aujourd’ui mon manteau Opium, l’un des derniers patrons de Deer and Doe.

Voici la description de ce patron par Deer & Doe : Manteau coupe trapèze avec manches raglan et poches passepoilées origami, doublé. Version A fermée par des pressions, version B ceinturée. Niveau 5/5. Patron de la Collection : Botany (chaine & trame) :

J’ai pour ma part opté pour les deux versions : mon manteau a donc à la fois des pressions et une ceinture. Vous comprendrez pourquoi un peu plus bas…

Le patron est proposé en deux formats : version papier/pochette au prix de 14 € et version PDF (format A4 et A0) au prix de 11 €. Le prix de la pochette est vraiment abordable d’autant plus que les frais de port sont inclus ! La marque avait d’ailleurs fait un tarif promotionnel lors du lancement de sa dernière collection, j’en ai donc profité ! J’ai ainsipayé acheté les deux patrons au prix de 25,20 € soit 12,60 € le patron ce qui est vraiment très généreux de la part de la marque !

En ce qui concerne les tissus, Deer and Doe conseillent : drap de laine, laine bouillie, laine foulée, gabardine de laine. Doublure : viscose bemberg (cupro), soie. Je vous invite vivement à ne pas choisir de lainage trop épais en raison des poches passepoilées !

J’ai pour ma part opté pour ce lainage fin/moyen gris anthracite (70% laine – 30% coton) de chez Sacrés coupons au marché Saint-Pierre qui était en promotion : 3 mètres au prix de 15 € ! A ce prix-là, je n’ai pas résisté ! Pour info, je n’ai eu besoin que de 2m50 de tissu (taille 36) car ma laize était d’1m60.

Pour la doublure, j’ai opté pour une cotonnade fleuri de mon stock pour le corps de la doublure et les chutes de tissu de ma robe de mariée dont je ne savais que faire (7 ans après il était temps !) pour les manches. Du coup j’ai des manches en satin de soie, trop la classe !

J’ai donc acheté la pochette qui contient une planche patron en taille réelle (dont 4 pièces se superposent) et un livret d’instructions. J’ai particulièrement apprécié que Deer and Doe annonce d’emblée que certaines pièces se superposaient, ça évite ainsi de mauvaises surprises. J’ai donc dans un premier temps décalqué les parties qui se superposaient (la doublure) et j’ai ensuite coupé directement dans le patron (je ne fais en effet pas partie de celles qui décalquent leur patron PDF ou pochette). Chez Deer and Doe, les valeurs de couture (1,5 cm) sont incluses et ça c’est fort appréciable même si moi je préfère des marges de 1 cm.

Faites attention quand vous décalquez votre doublure car ça demande un peu de concentration ! Les lignes tissu extérieur et doublure se superposent puis se dissocient et on ne sait plus très bien qui est quoi… Les lignes qui concernent la doublure = lignes en gras.

En rouge c’est la doublure, en bleu c’est le tissu extérieur :

Côté tailles, ce patron est proposé de la taille 34 à 46 (pochette) et de la taille 34 à 52 (PDF). Au regard du tableau des mesures et de l’aisance apportée au modèle, je n’ai tenu compte que de mon tour de poitrine et de mon tour de taille et j’ai donc coupé intégralement la taille 36.

Résultat des courses, le manteau taille bien au niveau de la carrure. Et après… et bien ma foi c’est une question de style. Le manteau est en effet très ample avec cette coupe trapèze et je dois bien vous avouer que je ne m’y sens pas vraiment à l’aise… Je n’ai en effet pas l’habitude de porter ce genre de coupes. Je préfère nettement la version cintrée du trench Luzerne de Deer & Doe (veste que j’ai énormément portée !!!) :

Je vais vous montrer le manteau porté (face-profil-dos) selon 3 versions. Je vous laisse ainsi faire votre propre avis !

1 / Manteau fermé avec pressions. De face sans ceinture j’aime bien. De profil et de dos, en revanche, je n’aime pas du tout ce volume, ça me gêne…

2/ Manteau fermé avec ceinture : je trouve que la ceinture fait des plis dans le dos et je ne trouve pas ça esthétique. Pour que ça le soit, il faudrait que les plis soient disposer de façon harmonieuse. Ici, je ne m’en suis pas soucié et donc ça se voit. De face ça passe mais de profil et de dos je trouve que ça fait bizarre, il y a un surplus de tissus qui me gêne vraiment…

Quand on noue la ceinture au devant, ça ouvre les poches, ça leur donne du volume (du 3D !) et je n’aime pas trop. On ne s’en rend pas bien compte sur les photos mais c’est une réalité. En fait, il ne faut pas trop serrer la ceinture comme ici…

3/ Manteau avec pressions et demi-ceinture : C’est pour moi le bon compromis ! La version qui me plait le mieux est donc celle où je porte le manteau avec les boutons pressions et la ceinture mais que je ne noue pas au devant : la ceinture placée ainsi permet de résorber un peu l’ampleur au niveau du dos.

Si ça vous intéresse de voir ce manteau en mouvement, je vous invite à aller voir mon dernier podcast (à la 51ème minute)

Parlons à présent du cahier technique et de ses instructions de montage.

Je regrette un petit point chez Deer & Doe, c’est qu’ils ne prévoient pas dans leur cahier technique un récapitulatif / une nomenclature des différentes pièces qui composent le patron : nombre de pièces à découper dans le tissu, dans la doublure et dans l’entoilage. On n’est donc obligé de se reporter aux plans de coupe et aux pièces elles-mêmes pour savoir combien de fois il faut couper…

Voici quelques exemples chez d’autres marques :

Chez Anna Rose Patterns :

Chez Histoire de coudre :

Chez Chalk & Notch :

Chez Cozy little World :

En ce qui concerne l’entoilage, les informations sont indiquées ultérieurement dans la partie étape 1 « préparer les pièces ». Pour info, les pièces « entoilage » ne sont pas prévues dans la planche patron, c’est donc à nous de dessiner les pièces dédiées à l’entoilage. Autant vous dire que toutes ces étapes prennent du temps : découpe du patron, décalquage de la doublure, découpe des pièces dans le tissu extérieur, découpe des pièces dans le tissu doublure, dessin des pièces entoilage, découpe des pièces entoilage puis thermocollage de ces pièces… Une fois que c’est fait, une pause s’impose !

Ci-dessous : fixation du droit-fil thermo en cours !

En même temps, y’a pas de secret, coudre un manteau, ça demande tout de même de la patience et donc du temps. ça ne se fait pas en un claquement de doigts, on le sait pertinemment.

Une fois ces différentes étapes effectuées, on passe enfin à la couture, la partie que je préfère (vous aussi, non ?!).

On attaque directement les poches passepoilées que je trouve très originales, j’aime beaucoup ces passepoils façon origami !

Avant de me lancer directement dans mon tissu, j’ai préféré faire une petite pièce d’étude. Le fait de l’avoir faite, ça m’a permis de me rendre compte qu’il fallait que je positionne mieux les passepoils. Ci-dessous, on voit que la pointe du passepoil ne va pas jusqu’au bout de l’autre passepoil…

Si on prend la pièce du patron et qu’on retire les valeurs de couture de 1 cm, ça donne ça :

Il ne faut donc pas que le bout du passepoil soit apparent, il faut vraiment qu’il aille « en mourant ». J’ai donc rectifié le tir pour obtenir le bon résultat :

Ca demande donc précision et minutie… Pour info, Deer & Doe a mis en ligne un pas à pas en photos pour coudre ces fameuses poches.
Je vous montre quand-même ci-dessous comment je m’y suis prise pour ma pièce d’étude, ça vous donnera une idée des étapes successives (je ne vous montre pas toutes les étapes mais ça vous donnera au moins une idée). N’oubliez pas de presser au fer à chaque étape !

Les passepoils dépassent de chaque côté de 1 cm. Vérifiez bien que la pointe de votre passepoil est bien positionnée (ça n’apparait pas si dessous, mais tracez, mesurez…).

Quand on positionne le fond de poche sur les passepoils, je marque un repère à 1 cm de chaque côté. Les passepoils ne doivent pas dépasser ces repères.

On coud sur les lignes préalablement marquées en commençant et en s’arrêtant sur les traits et ce de façon ULTRA précise :

Une fois les fonds de poche cousus ensemble, la dernière étape : surpiquer les passepoils pour les maintenir en place et voilà !

Avant surpiqûre :

Après surpiqûre :

Une vue sur l’envers :

Les instructions sont suffisamment claires pour moi mais en même temps, ce ne sont pas les premières que je réalise, je connais donc la procédure. Ces poches m’ont tout de même donné quelques sueurs car ça demande quoiqu’on en dise de la minutie et de la précision. Je n’ose imaginer celles qui ont cousu ces poches avec un lainage épais, oh my god ! Il y a tout de même une sacré épaisseur à gérer avec ces deux passepoils superposés ! Je vous conseille vivement d’utiliser un entoilage thermocollant fin pour votre passepoil, histoire de limiter les épaisseurs. La réalisation de cette poche passepoilée demandant une certaine dextérité, je vous conseille également d’éviter d’utiliser pour le dos de votre passepoil et pour votre fond de poche un tissu qui contraste trop… Donc, ne faites pas comme moi et utilisez du ton sur ton !

Ces poches, moi je les connais sous le nom de poches raglans. J’ai appris la technique grâce à la Mairie de Paris et à la méthode ESMOD. Normalement il faut laisser les angles en capucin sur l’endroit du vêtement. Curieusement, Deer and Doe ne le fait pas et demande de cacher les capucins sur l’envers (comme ci-dessous), ce qui est gênant je trouve.

J’ai cependant suivi les instructions de Deer and Doe et je le regrette un peu car ça m’a demandé du coup davantage de précision pour que le passepoil vienne cacher correctement mon entrée de poche (mon tissu doublure est en effet très voyant…).

A la tout fin et une fois les passepoils bien positionnés, je vous conseille de faire une piqûre très solide pour les maintenir en place : cette partie doit en effet être très résistante : cousez deux/trois fois pour bien consolider la couture. ESMOD prévoit même une double surpiqûre (pour cacher notamment le capucin).

Ma pièce d’étude d’antan où l’on voit bien les deux surpiqûres :

Une de mes poches raglans (ici le trench coat Ottobre) :

Et ça c’est du vécu ! Ces poches, vous vous en doutez, elles sont forcément très sollicitées… Toutes les poches raglans que j’ai pu coudre jusqu’à présent n’ont pas résisté très longtemps, les coutures ont hélas fini un jour ou l’autre par se défaire un peu au niveau du haut du passepoil. DONC… Pour éviter à nouveau ce genre désagrément, je n’y suis pas allée de main morte, j’ai carrément fait un point bourdon sur toute la hauteur des passepoils, chose que je ne vous recommande pas car c’est certes plus résistant mais moins esthétique.

Parlons à présent du col tailleur.

Le patronage du col a été simplifié : il n’y a en effet pas d’incrustation et donc d’angle à gérer, ce qui facilite grandement l’étape couture du col. J’ai trouvé ça très ingénieux ! Ci-dessous, on voit bien que c’est arrondi et non à angle droit :

L’assemblage de ce col demande tout de même de la précision pour que le dessous et le dessus de col s’ajustent parfaitement. Pour ma part je n’ai pas hésiter à marquer à la craie tous mes repères. Je vous conseille d’en faire autant.

Voici une vue de l’intérieur du manteau (avant glaçage du col) et toutes les valeurs de couture crantées :

Ce n’est clairement pas beau à voir mais cette étape crantage est absolument nécessaire si on veut avoir un joli résultat à la fin. Je ne vous parle pas du repassage et du fait qu’il faut bien évidemment presser au fer chaque étape et chaque couture d’assemblage… mais ça vous le savez bien, le fer à repasser est notre meilleur ami !

Deer and doe indique de maintenir ensemble le dessus et le dessous de col par une couture à la main et ce sur l’extérieur du manteau… Personnellement, j’ai préféré faire comme on m’a appris : j’ai maintenu le dessus et le dessous de col (coutures pressées ouvertes) en cousant à la machine à coudre les valeurs de couture précédemment crantées. C’est net, invisible et tellement plus rapide à faire !

Voici comment j’ai procédé : les valeurs de couture du dessus et du dessous de col sont crantées et ouvertes : on positionne les deux marges de couture des cols ensemble puis on vient coudre à la machine les deux épaisseurs/marges visibles ensemble en cousant le plus loin possible. Cette technique que j’ai apprise en cours est exactement celle employée par République du Chiffon pour la veste Michelle.

Vient ensuite l’étape doublure mais avant cela, j’ai tenu à tout glacer : ourlets (manche et bas du manteau) :

et parementures (devant et dos) :

Deer and Doe ne le prévoit que pour les ourlets mais je trouve ça clairement important de le faire aussi pour la parementure. Pour savoir ce que baguer/glacer veut dire, c’est par ici ! Cette étape n’apparait dans le livret qu’à la toute fin, une fois le manteau fini et qui plus est d’une manière qui ne me plait pas trop puisqu’il s’agit de « fixer les ourlets du bas du manteau et des manches par une couture invisible cachée par le pli de la doublure ».

Place à présent à la doublure avec la gestion du pli d’aisance, de la parementure et du bas du manteau.

J’ai monté la doublure comme indiqué dans le livret mais je n’ai clairement pas aimé la technique proposée. En fait la méthode n’est pas habituelle, académique… c’est donc un peu déroutant au début mais aussi un peu décevant parce qu’une partie de l’assemblage se fait à la main… et j’ai l’impression de bricoler/bidouiller, ce que je n’apprécie pas vraiment en couture.

Voici quelques photos pour vous aider à comprendre où se positionne la parementure puis la doublure par rapport à la parementure et au bas du manteau :

Ci-dessous, on voit qu’il faut rentrer les valeurs de couture du bas de la parementure et fermer cette ouverture avec un point à la main.

Une fois ces étapes effectuées, il faut fermer le bas de la doublure. Perso, j’ai cousu à la machine le plus loin que je pouvais. Avec la technique proposée, on ne peut hélas pas coudre complètement le bas de la doublure jusqu’à la parementure… il y a donc un trou. Certes ce n’est pas visible de l’extérieur, mais tout de même… J’aurais préféré que Deer and Doe choisisse la méthode d’assemblage classique.

D’une manière générale, on laisse une ouverture dans la doublure d’une manche pour pouvoir retourner tout le manteau sur l’endroit. Vu l’ampleur de celui-ci, je comprends tout à fait que Deer and Doe ait souhaité faire cette ouverture dans le bas du manteau au niveau de l’ourlet.

Voici le résultat final :

A mon avis, il aurait été souhaitable de prévoir des parements pour les ourlets du bas du manteau (toujours à la manière de République du chiffon – veste Michelle) car le bas est relativement arrondi et le tissu gondole donc un peu au niveau de l’ourlet… d’ailleurs ça se voit bien sur la photo ci-dessous :

En revanche pas de souci pour la gestion de la doublure au niveau du bas des manches, la technique est pour le coup tout à fait connue, habituelle et donc académique. Les explications sont peut-être un peu légère pour celles qui ne connaissent pas la technique… mais pour moi, en tout cas, pas de souci !

Comme vous avez pu le remarquer, le manteau est prévu avec des manches raglans. D’une manière générale, je préfère les manches montées car les manches raglans me donnent souvent l’impression d’avoir des épaules tombantes et de ne pas remplir complètement les épaules du manteau. Pour remédier à ça, j’ai voulu mettre des épaulettes mais ça faisait vraiment trop baraqué, je ne les ai donc pas mises et ma foi ça passe.

Le manteau est fermé au devant par des pressions cousues à la main (je préfère qu’elles soient discrètes, elles mesurent donc 1,5 cm) :

L’une des pressions, que j’ai cousue selon le repère, est proche du bord donc elle se voit un peu. Ce n’est pas esthétique, ça me gêne visuellement… Je vais donc, comme on me l’a suggéré (merci Colette !) de remplacer les pressions par des boutons (1 à l’intérieur et 1 à l’extérieur).

Comme indiqué plus haut, j’ai cousu la ceinture mais je ne la noue pas au devant. J’ai en revanche fait un nœud au niveau des passants pour la bloquer. Cette ceinture permet de réduire un peu l’ampleur du dos. Une personne (merci Marie-Christine !) m’a conseillé ceci : « au lieu de la laisser pendre sur les côtés, on l’attache dans le dos = on règle les fronces dans le dos une fois pour toutes ». Je vais suivre son conseil !!!

Voilà pour ce manteau Opium, je crois avoir fait le tour de ce patron ! J’ai à présent hâte de coudre la robe cache-coeur Magnolia !