Pour la première fois, le musée des Arts décoratifs met à l’honneur une grande exposition dédiée à Paul Poiret, créateur emblématique de la haute couture parisienne du début du XXᵉ siècle, célèbre pour avoir libéré la silhouette féminine du corset…

L’exposition est proposée jusqu’au 11 janvier 2026. Le plein tarif est à 15€ et il faut savoir que le billet vous donne également accès à toutes les expositions en cours, en l’occurrence ici celle qui célèbre les 100 ans d’Art Déco. Une excellente occasion de découvrir le légendaire Orient Express, symbole du luxe et de l’innovation ! Une cabine de l’ancien train Étoile du Nord ainsi que trois maquettes du futur Orient Express occupent la nef du musée.

En revanche, je m’attendais à une mise en scène plus immersive. On ne peut observer les décors qu’à distance, depuis l’extérieur, sans réellement pénétrer dans les espaces reconstitués. Cela crée une certaine frustration, car on aurait aimé s’immerger davantage dans l’atmosphère et les détails du lieu… C’est un avis tout à fait personnel…

Revenons à l’exposition mode du jour dont voici la description : « Paul Poiret, la mode est une fête » offre une immersion dans l’univers foisonnant du créateur, de la Belle Époque aux Années folles. Elle explore ses créations dans les domaines de la mode, des arts décoratifs, du parfum, de la fête et de la gastronomie. À travers 550 œuvres (vêtements, accessoires, beaux‑arts et arts décoratifs) l’exposition met en lumière l’influence durable de Paul Poiret et révèle l’étendue de son génie créatif. Un voyage fascinant à la rencontre d’un homme dont l’héritage continue d’inspirer les créateurs de mode contemporains. »

Alors je vous le dis tout de suite, je n’ai pas été des plus emballées que ça par cette exposition que j’ai trouvée plutôt austère… Il faut dire que je ne connaissais Paul Poiret que de nom, ce qui n’a sans doute pas facilité mon immersion. À noter également : la lumière est très tamisée et l’ensemble des créations est présenté sous vitrines, ce qui limite la visibilité et ne permet pas vraiment d’apprécier l’aspect purement couture et donc les détails de finition. En revanche, la dernière salle m’a davantage enthousiasmée : on y découvre des œuvres de créateurs plus contemporains, exposées sans vitrines cette fois-ci, ce qui permet d’en admirer pleinement les formes, les matières et les finitions…

Avant de commencer la visite, voici un petit résumé de la vie de Paul Poiret (1879-1944) : il est formé chez Doucet et Worth, fonde sa maison en 1903 et révolutionne la mode en libérant les femmes du corset : il créé des silhouettes fluides, simplifiées, très colorées et très modernes pour son époque. Entouré d’artistes et inspiré par les Ballets Russes, ses voyages et ses fêtes, il crée un univers total mêlant couture, arts décoratifs et parfums. Son train de vie excessif et ses investissements le conduisent à la faillite dans les années 1920.

L’exposition retrace donc son parcours, ses collaborations, ses influences et dévoile aussi sa vie personnelle. Allez c’est parti pour ma petite sélection !

La collection couture de 1907 reflète parfaitement son style, marqué par la ligne droite et pure de robes étroites, l’abandon du corset et l’adoption du soutien-gorge.

Robe du soir Eugénie, 1907. Gaze de coton façonné, tulle et taffetas. La taille est remontée sous la poitrine. Paul Poiret utilise des tissus légers et des couleurs vives. Sa palette chromatique fait écho à celle du fauvisme, mouvement pictural du début du XXe siècle qu’il apprécie particulièrement.

Au centre : manteau du soir vers 1910. Gros de Tours liseré à décor broché de fils doré et de lames argent, taffetas changeant, passementerie et métal argenté. Paul Poiret a choisi une étoffe orientalisante particulièrement vive et précieuse évoquant les soieries lyonnaises dites « bizarres » du XVIIIe siècle.

Robe du soir Lavallière, vers 1910. Satin de soie brodé de tubes de verre.

J’aime beaucoup cette encolure avec revers contrasté, soulignée de broderies tout en délicatesse…

Manteau du soir, 1919. Velours de soie brodé de lames métalliques et passementerie.
Porte-habit (1923) & malle chapeaux en toile (1911) de la marque Louis Vuitton ayant appartenu à Paul Poiret.

Ses voyages en Europe, aux Etats-Unis et au Maghreb nourrissent ses créations : il réutilise tissus et broderies. Il y observe tout un répertoire de turbans, de sarouels, de broderies, qu’il réinterprète selon sa fantaisie.

Ensemble cape et robe d’été Printemps, 1919. Toile de soie tissée à la main, laine tressée et cannelé de coton.

Robe Martinique, 1922. Crêpe marocain et crêpe de Chine imprimé. Cette robe évoque d’emblée le kimono que Paul Poiret réinterprète régulièrement au sein de ses collections. Cette robe portefeuille est un exemple particulièrement signifiant par sa fermeture croisée, l’absence de col, ses manches extrêmement longues et amples qui accentuent la fluidité de l’allure.

Tout au long de cette exposition, des créations plus récentes sont exposées comme par exemple cet ensemble de Jean Paul Gaultier (collection prêt-à-porter automne-hiver 1994).

Damas de soie changeant et fourrure synthétique. On y aperçoit également tout un tas de breloques.

Paul Poiret organisait des fêtes somptueuses (comme les « Festes de Bacchus » ou la « Mille et deuxième Nuit »), qui étaient à la fois des moments sociaux, artistiques mais aussi des occasions de publicité pour sa maison de couture.

Georges Lepape. Les Jardins de Versailles, costume de Paul Poiret dans le goût de Louis XIV. Héliogravure coloriée au pochoir.

Agatha Ruiz de la Prada s’en est inspirée avec cette robe Tarta, 1994. Organza de soie et cerceaux en plastique. Comment fait-on pour se mouvoir et surtout s’assoir ?!

Robe Abbesse, vers 1920. Velours de soie, taffetas et doublure en satin de soie façonné lamé.

Elle est assez curieuse cette ouverture au niveau de la poitrine, non ?! Si vous avez une explication, je suis preneuse !

Il y a également un espace « Portrait de famille » qui dévoile des photographies et des portraits de Paul Poiret dans sa vie privée : ses enfants, ses sœurs et surtout sa femme Denise Poiret était aussi sa muse, son mannequin et sa complice créative (dont il divorça en 1928).

Ci-dessous des tenues portées par ses enfants et son épouse :
Costume marin ayant appartenu à Colin Poiret (1922), Robe Ottoman de soie, satin de soie lamé et pâte de verre (1920), Robe ayant appartenu à Rosine Poiret (vers 1912)

Paul Poiret a également fondé des sociétés : L’Atelier Martine qui est une école en plus d’être un atelier de décoration intérieure. Et Les Parfums de Rosine : il associe des artistes pour créer les flacons, les parfums, le design…

Les parfums de Rosine. Flacons vaporisateurs (après 1912). Verre soufflé peint.

J’ai bien aimé qu’on puisse sentir les fragrances de l’époque avec par exemple ici le parfum de La Coupe d’or qui n’est pas sans nous rappeler une certaine méthode de coupe !

Veste de travail ayant appartenu à Paul Poiret, vers 1920. Toile de lin imprimée à la planche de bois d’après un dessin de l’Atelier Martine, crêpe de soie façonné et cuir tressé.

Ceste veste, dont Paul Poiret possédait plusieurs exemplaires, est étroitement liée à son identité de créateur. Portée dans le cadre de son travail de couturier, de ses activités de peintre amateur ou même pour une séance photo, elle est d’une coupe toujours identique : boutonnée et ceinturée à la taille.

Veste de travail ayant appartenu à Paul Poiret, 1915-1925. Crêpe de soie damassé.

 

Cape du soir de Paul Poiret datée de 1928, réalisée en satin & bais de soie.

L’héritage stylistique de Paul Poiret

L’exposition montre comment son influence perdure : des créateurs contemporains s’inspirent de son univers (ses volumes, ses couleurs mais aussi de son esprit festif). Plusieurs générations de couturiers et de créateurs rendent ainsi hommage à Poiret, souvent sans le citer, en reprenant certaines de ses thématiques.

Chloé par Karl Lagerfeld. Robe du soir Pompéi. Lamé or en soie et polyester de la maison Diochon.

Christian Dior par John Galliano. Ensemble du soir : manteau et robe Stourhead. 1998. Façonné de soie broché doré, peint à la main et molletonné, lamé argenté vieilli et gaufré, mousseline de soie brodée de fils métalliques argentés et de strass.

Comme vous pouvez l’apercevoir le glaçage a été fait à la main.

Yves Saint Laurent. Ensemble du soir. 1976. Velours de soie, mousseline de soie, faille et satin de soie.

Je ne suis pas du tout fan de cette association de couleurs (noir, rouge et vert) mais la finition de la veste avec ce liséré noir me plaît bien !

Ci-dessous la tenue que j’ai préférée de toute cette exposition. Et c’est évidemment une tenue d’Azzedine Alaïa ! On y retrouve l’élégance, la sophistication et la modernité de ce talentueux couturier. Si vous ne le connaissez pas, je vous invite à lire cet article que j’ai rédigé tout récemment.

Ensemble gilet et jupe daté de 2016. Gilet en cuir métis découpé au laser avec broderie de clous métalliques, doublé de crêpe. Jupe en toile de laine vierge.

En regardant de plus près cette jupe longue, à la coupe absolument parfaite, on s’aperçoit qu’il y a des coutures zippées au centre mais aussi sur les côtés de la jupe.

Dans un autre style…
Maison Martin Margiela. Ensemble. Tricot de laine, cuir, sergé de coton, faïence et fil de fer.

Voilà pour la visite de cette exposition ! J’en profite pour vous montrer les quatre costumes de Cléopâtre qui sont actuellement exposées à l’Institut du monde arabe : Le mystère Cléopâtre, une exposition qui court  jusqu’au 11 janvier 2026. L’exposition explore la figure complexe de Cléopâtre, dernière reine d’Egypte en la présentant comme une souveraine puissante, mais aussi comme un mythe qui fascine encore aujourd’hui, entre légende et glamour hollywoodien. À travers environ 250 œuvres (monnaies, papyrus, bijoux, peintures, costumes, films…), l’exposition confronte les connaissances historiques et archéologiques très limitées à la richesse des représentations artistiques et symboliques. Si de nombreuses zones de mystère persistent autour de sa vie et de sa mort, Cléopâtre demeure néanmoins une icône indémodable !

Ici nous sommes sur un blog couture, je ne vous montre donc ci-dessous que la partie purement couture de cette exposition…

Voici le manteau royal de Cléopâtre qu’a porté Elisabeth Taylor dans Cleopatra de Joseph L. Mankiewicz en 1963.

Ce manteau imposant est cousu dans un tissu lamé de soie et d’or, ce qui donne cet aspect majestueux et lumineux !

Ci-dessous, une robe présentée lors du défilé Haute couture printemps-été 2004 de Christian Dior. Le directeur artistique de l’époque était John Galliano. Son voyage en Egypte lui avait inspiré de nombreux modèles dont cette robe :

Robe en soie sauvage brodée et tulle de soie :

Le tableau final, que j’ai trouvé absolument superbe :

Ces costumes de Philippe Guillotel ont été portés par Monica Bellucci dans Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, film d’Alain Chabat, 2002 (film que j’ai d’ailleurs revu tout récemment).