Une fois n’est pas coutume, on va aujourd’hui parler ajustements, toiles et modélisme !

Pour ce faire, je suis partie du patron de cette robe longue à volants et au joli décolleté profond : une robe parfaite pour des vacances en bord de mer !


Cette robe est issu d’un livre dont je vous parlerai tout bientôt. Elle est décrite comme étant « une robe empire à volants, très féminine avec un décolleté flatteur et de fines bretelles ». Voici le schéma technique :

Ayant une petite poitrine, je me suis dit qu’il allait tout de même falloir que je fasse une toile pour ajuster si besoin les bonnets. Grand bien m’a pris car j’ai dû faire trois toiles successives ! Chose assez rare pour le signaler…
Curieusement ce fut un exercice qui m’a fort enthousiasmée ! Faire des ajustements, ce n’est pas trop ma tasse de thé, c’est même mon point faible en couture… Faut dire que ça m’arrive très rarement de devoir faire des ajustements. D’une manière générale, j’ai en effet la chance de pouvoir rentrer pile poil dans le tableau des tailles.
Ici, au regard du modèle, je me doutais bien que ça n’allait pas le faire et qu’un ajustement pour petites poitrines (je fais un bonnet A) allait être nécessaire. Si vous m’avez suivie sur Instagram, alors vous connaissez déjà mes petites péripéties. Pour celles qui n’ont pas vu mes stories, je me suis dit que ça serait peut-être intéressant de tout vous relater ici. Et puis faut dire aussi qu’on voit pas mal sur le net d’ajustements pour fortes poitrines (FBA) mais en fait très peu pour les petites poitrines (SBA)… Donc, je me dis que cet article pourrait être utile à quelques-unes…
Alors… Premier point, j’ai utilisé ici de la toile fine achetée 3,70€/mètre chez Fil 2000 à Paris. Je trouve en effet que celle dite « moyenne » est trop épaisse.



Voici donc le premier essayage avec cette toile n°1 (uniquement du corsage) : le décolleté descend bien trop bas et je ne remplis pas les bonnets (même avec des coques) :


Je décide donc de réduire les bretelles de 8 cm et c’est tout de suite beaucoup mieux. Je remarque un excès de matière au niveau de l’emmanchure (ça baille), j’épingle donc cette valeur de chaque côté du bonnet :

Je découds ensuite un des bonnets pour pouvoir gérer cet excédent de matière sur mon patronage. Je précise qu’ici, la toile inclut les marges de couture.

Je marque le début de cette pince au stylo (de part et d’autre de l’épingle) :


J’enlève cette épingle et voici ce que j’obtiens :


Je reporte ces repères sur mon patronage, au mêmes endroits. Je précise qu’ici le patron papier est sans marges de couture.


Je trace (en rouge) une pince en rejoignant l’extrémité de la pince poitrine. Le principe qui va suivre sera de basculer cet excédent de matière au niveau de la pince poitrine déjà existante.

Je découpe l’intérieur de la pince poitrine :

Puis je ferme la pince située au niveau de l’emmanchure :


Je scotche la pince fermée puis place du papier sous la pince poitrine pour combler le vide :

Je redessine joliment l’emmanchure au pistolet (ou à main levée) : la courbe doit être harmonieuse.


Je trace ensuite le milieu de la pince poitrine existante :


Puis je viens fermer cette pince :

Je découpe le bord du patron en prenant toutes les épaisseurs ensemble :

En dépliant le papier, j’obtiens mon nouveau chapeau de pince :

Je découpe tous les autres bords et je me retrouve ainsi avec mon patron modifié :


Je décide ensuite de procéder à une seconde transformation. Je trouve en effet que l’actuelle pince poitrine est trop pointue, ce que je trouve peu seyant sur ma morphologie. De profil, on voit que la pince forme une pointe très aigüe :

Je décide donc de transformer cette pince poitrine en une découpe. Ce sera ainsi plus doux et plus esthétique visuellement.
Pour ce faire, je trace une ligne (ici en rouge) depuis l’extrémité de la pince poitrine et jusqu’au milieu de la bretelle :

Je viens ensuite adoucir cette découpe au pistolet (ou à main levée) de chaque côté de cette ligne (ici en bleu). Les lignes doivent être courbes, harmonieuses, sans cassures !



Je viens ensuite découper le papier au niveau de cette découpe :

On obtient ainsi deux pièces distinctes. Je trace le droit-fil sur la pièce de gauche. Je marque également plusieurs crans d’assemblage.

Il y aura un léger un embu à gérer au niveau de la poitrine, ce qui est tout à fait normal.


Voilà pour cette seconde transformation. Il ne reste plus à présent qu’à ajouter les marges de couture puis de vérifier ce patronage en réalisant une deuxième toile que voici.
Verdict : je préfère nettement le rendu visuel mais je ne remplis toujours pas les bonnets…


Je décide donc de mettre la toile sur moi mais sur l’envers puis j’épingle l’excédent de matière pour que le bonnet épouse mieux ma poitrine (c’est en quelque sorte comme faire du moulage directement sur son corps !). Vous avez été quelques-unes sur Instagram à me dire qu’il fallait faire attention de ne pas inverser sein droit/sein gauche ! A bon entendeur…
Toujours est-il que je me rends alors compte que les ajustements ne sont pas les mêmes d’un sein à l’autre… Mais il parait que c’est normal d’avoir un sein plus fort que l’autre (et en générale c’est le droit).
Sein droit :

Sein gauche :

Sur Instagram, je vous avais posé la question de savoir s’il fallait corriger cette asymétrie ou pas et vous avez toutes été quasi unanimes : non, il ne faut pas la corriger, il ne faut tenir compte que du bonnet qui demande le moins d’ajustements. J’ai donc suivi vos conseils !

Ci-dessous, je vous montre les étapes successives pour corriger ma toile. C’est une méthode qui n’est peut-être pas tout à fait académique mais qui a le mérite en tout cas de me convenir. Je précise aussi que je suis loin d’être une pro en ajustements… donc merci de votre indulgence !
Avant d’enlever les épingles, je pointe ma toile au niveau de mon épinglage (ici en vert), de chaque coté :



Je découds ensuite la toile :

Voici ce que j’obtiens pour les bonnets :

Je presse le tout au fer, bien à plat et sans déformer la toile :

Voici le résultat. J’ai retracé ici les marges de couture (stylo frixion) pour mieux les visualiser :

De plus près :

Il convient à présent de retracer une courbe en tenant compte du pointage. Il n’est pas toujours aisé de passer par tous les points. L’important c’est d’obtenir une jolie ligne harmonieuse.


Voici ce que j’obtiens :

Pour que vous puissiez mieux visualiser, j’ai retracé ces courbes avec un feutre rouge :


Je presse au fer pour retirer les marques faites au stylo frixion :

Voici ce que j’obtiens :

Je trouve que la courbe de gauche est un peu de guingois, donc je la corrige. Vous noterez au passage que j’ai retracé mes crans d’assemblage et mon droit fil sur chacune des pièces.

Je retrace correctement les marges de couture (ici 1 cm) et je recoupe l’excédent :

Plutôt que de reporter toutes mes corrections sur le patron papier, perso, je préfère utiliser ce patron-toile comme mes nouvelles pièces patron. Je les positionne ainsi directement sur le tissu pour me faire une 3ème toile.


Ensuite, je me dit que ce serait peut-être bien d’insérer les coques adaptées à cette forme de bonnet. Je précise que je ne connais pas grand chose en lingerie. On passe donc ici à de la pure expérimentation… C’est ça aussi qui est intéressant et challengeant dans la couture !
Pour ce faire, j’ai pris de la mousse de coques que j’avais dans mon stock (celle-ci vient de Mercerie Extra, l’épaisseur est de 3 mm) :

Je les ai patronnées au feeling. Voici ce que ça donne sur les pièces patron du bonnet :

Pour vous donner une idée, à gauche ma coque maison, à droite une coque du commerce :

Arrive donc la toile n°3 rectifiée + l’insertion de ces fameuses coques. C’est pas si mal… c’est plus couvrant et ça me convient bien ainsi. Par contre la toile a tendance à se décoller de ma peau mais je me dis qu’une fois cousue dans le tissu final + la doublure, ce devrait le faire…
Le sein gauche :

Le sein droit :

Je décide ensuite de revoir le patronage de la ceinture et de la partie jupe… J’allonge donc la partie ceinture de 4 cm pour que la jupe arrive au niveau de ma taille naturelle et je retire les fronces à la taille. Pour ce faire, il a fallu que je revois complètement le patronage de la jupe. Je vous passe ici les détails (car mon article serait alors bien trop long) mais voici en tout cas le résultat final sur mon mannequin.

Petit teasing… avec ci-dessous ma réalisation coupée dans le tissu définitif que je vous dévoilerai dans mon prochain article !

Superbe
Merci pour ce beau travail pédagogique très clair
J ai hâte de voir le prochain article et d autres vues de cette jolie robe sur mesure
Merci pour toutes ces explications précises !
Bonsoir Sandrine,
Quel travail de transformation! Le résultat final est une très belle réussite.
Si je ne dis pas de bêtises, cette belle photo doit se trouver sur le littoral de la presqu’île guérandaise! J’habite La Baule et se serait un véritable bonheur de vous y rencontrer…
Au plaisir de vous relire. MTB
Tout à fait, bravo ! ça y’est, me voilà rentrée depuis déjà quelques jours. Ces vacances étaient vraiment trop courtes…
Bonsoir, personnellement je n’aurais pas déplacé la nouvelle pince crée de cette façon et pas fait cette découpe qui a besoin d’une poitrine plus volumineuse … il aurait élégant de transformer la pince du bas en quelques fronces bien reparties … pour un plus joli visuel, c’est juste mon avis, je ne viens pas critiquer votre travail.
Cordialement
Maintenant que vous me le dites… C’est vrai que des fronces auraient été plus appropriées, je n’y avais tout simplement pas pensé. Merci beaucoup pour votre message !
Quel Boulot ! En tout cas bravo
Bises de Normandie…
très réussie!. merci pour tous ces détails et pas à pas. très instructif.
Quel travail mais le résultat est là . Je dois souvent m’attaquer à ce genre de problème et cet article me sera d’une grande utilité . Merci.
Génial, comme d’hab. Votre blog devient un site de référence pour les autodidactes que nous sommes. Merci
Comme c’est agréable à lire, merci !!!
Très réussi et très bien expliqué. Bravo pour ce travail et merci pour le partage
Bonjour Sandrine, Eh bien ! quel travail ! Merci pour les explications détaillées et les photos très claires, comme toujours avec toi.
Justement ces jours-ci j’ai fait un peu de modélisme : en mixant 3 patrons de tops Burda, j’ai « créé » un modèle de top dos nu pour ma fille. Pour les ‘toiles’ j’ai utilisé du papier Burda intissé quadrillé, qui peut se coudre.
C’est super intéressant toute l’évolution de ton travail sur les pinces. Merci infiniment pour le partage !
La robe terminée semble très jolie : j’ai hâte de la voir plus en détail ! (-; Le buste avec ta taille fine de danseuse est super élégant !
Intéressant que ce papier Burda, je vais me renseigner… En couture, faut tenter, c’est comme ça qu’on apprend et surtout comprend beaucoup de choses, bravo à toi pour cette réalisation dos nu !!!
Bonsoir Sandrine,
Merci pour tes encouragements ! Ce projet de top, ça a été angoisse / découragement quand je bidouillais, puis incrédulité / joie quand ça a fonctionné !
Du coup, ça m’a donné l’audace de dessiner une robe également dos, en mixant d’autres patrons.
Ce papier intissé Burda, c’est ça :
Dans la pochette tu as 2 grandes planches 140 x 110.
4.99 chez Mme Amazon… alors que c’est 7.90 chez Mme Rascol. Tu te rends compte de la différence de prix ?!
Ah ! en parlant de fournitures de mercerie, je ne sais plus si je t’ai remerciée pour ton article « nouvelles adresses » (qui date d’octobre 2014 !) J’ai transmis tes tuyaux sur Phil2000 et IDM à ma fille parisienne, qui a été ravie de l’accueil et de ses achats chez IDM.
Ah oui en effet… c’est fou cette différence de prix… Bravo à toi pour cette persévérance, j’imagine tout à fait ta satisfaction ! Ravie par ailleurs de savoir que ta fille a été contente de ses trouvailles chez IDM !
Merci à toutes pour votre enthousiasme, vos commentaires sont hyper encourageants et stimulants pour moi !
Un grand merci pour ton partage détaillé, très très intéressant. J’ai souvent des problèmes avec les pinces poitrines et je galère vraiment pour les ajustement. Je prends note, ça devrait le servir très vite ! Merci pour le teasing, j’ai hâte !
Merci Sandrine pour tout ce travail. Les explications sont excellentes.
J’en conclus qu’il faut toujours faire une toile pour être sûre du résultat. Encore BRAVO.
Oui, c’est vrai que c’est important de faire une toile, surtout sur ce genre de réalisation très ajustée…
Beau travail, explications claires et intéressantes. Hâte de voir la robe.